Sapeur Pompier Volontaire, pourquoi si peu d'engagement ?

Pompier volontaire depuis 2022, je suis tenu au respect d'une charte que l'on peut consulter ici : 

https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000029660775/

Dans cette charte cohabitent plusieurs articles décrivant le devoir de réserve mais également la promotion de cet engagement citoyen.

Il n'est pas toujours évident de concilier ces deux aspects : il ne faut pas fanfaronner sur les réseaux à propos d'une intervention précise (secret médical, respect de la victime, devoir d'humilité, etc.) mais on doit pouvoir communiquer sur nos actions afin d'informer la population sur les risques de la vie courante tout en motivant les potentielles nouvelles recrues.

A titre personnel, ne venant pas d'une famille de pompiers, je n'avais que très peu d'informations sur le fonctionnement de la sécurité civile en France et pensait que pompier c'était surtout un travail comme un autre. Rien à l'école, ni au collège, ni au lycée. On a bien tenté de me recruter à la JAPD, mais aucun signe des pompiers.

Des journées lycéens-pompiers existent sporadiquement, mais pourquoi ne pas les systématiser à l'échelon national ? 

Les médias sont saturés de références aux pompiers pendant les catastrophes : tempêtes, inondations, incendies. Hélas, comme il s'agit d'évènements négatifs, ils ne suscitent pas ou peu de vocations. Par contre on voit bien après des exploits sportifs de français dans certains sports une augmentation des inscriptions dans les sports concernés.

Etre pompier volontaire, c'est donner de son temps, en plus de son activité professionnelle principale, pour les autres et dans un contexte généralement local (on peut nous proposer de partir aider sur de gros feux ou lors d'autres catastrophes naturelles, parfois très loin - par exemple à Mayotte en 2024). 

Ainsi, les pompiers volontaires d'une commune vivent la plupart des moments difficiles d'une localité. Une petit partie de la population se porte volontaire pour que la majorité de la communauté n'ait pas à s'en soucier. Nous voyons les petits ou grands drames familiaux, les accidents de la route, les incendies, l'impact des activités humaines sur la faune et la flore, les pollutions, etc. Nous sommes là pour apporter les premiers secours, rassurer, sensibiliser et former. Et nous y trouvons notre compte.

Malgré tout, la question de l'engagement reste problématique. Trop peu de pompiers dans une commune ? Ce seront toujours les mêmes qui partiront sur les interventions, avec comme risque un épuisement moral ou physique. Personne n'est disponible pour partir sur l'intervention ? Ce seront les pompiers d'une commune voisine qui feront face, avec un délai rallongé de trop longues minutes. Et ce sera toujours au détriment des victimes.

Trop de volontaires dans une commune ? (c'est rare mais parlons-en quand même), alors certains risquent de se démotiver car ils ne feront pas assez d'interventions sur l'année. 

Il s'agit donc de trouver un équilibre, qui penche majoritairement du côté du trop peu. Le nombre de pompiers volontaires en France stagne autour des 200.000 malgré l'augmentation constante du nombre d'interventions. 

On parle souvent des incendies car c'est visuel, ça fait des images au JT. Mais les incendies ne représentent pas le quotidien du sapeur pompier volontaire.

Il est très facile d'incriminer le manque de moyens en parlant d'avions et d'hélicoptères? Pourquoi ? Parce que cela permet de rejeter la faute sur un Gouvernement, un Préfet, un Maire, bref, quelqu'un qui doit prendre des décisions pour la population.

Mais n'a-t-on pas une possibilité d'agir directement, de prendre une décision par nous-même? Comme par exemple s'engager comme pompier volontaire? 

Dans ma petite commune, ce n'est pas un manque de moyen matériel qui nous empêche de partir en intervention. En journée, les engins pourraient partir... s'il y avait assez de monde à mettre dedans. Et c'est ma même histoire pour bon nombre de centres volontaires. 

La problématique est complexe et n'est pas nouvelle. Le changement climatique met un coup de botte dans la fourmilière, de plus en plus souvent. Ma grande déception est de continuer à lire ça et là des banderaux d'information nous matraquant sur le manque de canadairs, mais rien ou trop peu pour inciter les gens à s'engager comme volontaire ou au moins à s'intéresser à la question.

Le service militaire n'existe plus, le service civique connait un succès... modéré. N'y aurait-il pas une opportunité de former la population aux gestes qui sauvent, à gérer un début d'incendie, à avoir les bons réflexes sur un accident de la route, et à avoir un réserve opérationnelle de personnes aptes à gérer les aléas climatiques qui nous guettent ? 

Des efforts vont être réalisés à notre échelle locale pour susciter des vocations au sein de notre Centre d'Incendie et de Secours. Nous restons à l'affût de bonnes idées, ailleurs en France et dans le monde, pour augmenter nos chances de succès. 

N'oublions pas de saluer nos collègues Sapeurs Pompiers Professionnels qui enchaînent parfois sans discontinuer 24 voire 48 heures d'intervention d'affilé. Comme pour le personnel soignant, je ne pense pas que ce soit l'idéal pour garantir 100% d'efficacité, mais nous n'avons pas encore trouvé le moyen de faire autrement en gardant le même effectif.